L'affiche

C'était une énorme affiche, très haute, très large, un fond de couleur livide sur laquelle se profilait une énorme fille qui allait vider un gigantesque verre de vin bien sanglant, bien tonique.

A part cela, l'affiche faisait face à un carrefour dangereux, tellement dangereux qu'un jour un camion fit une embardée pour éviter un piéton, il tourna sur lui-même, alla ensuite se flanquer en pleine affiche, frôlant les pieds de la jeune fille, sans la toucher toutefois.

Le chauffeur lui non plus ne fut pas atteint.

Mais il resta stupéfait en regardant l'affiche: elle était intacte, en effet, mais le verre de vin était vide. La jeune fille, prise de panique, l'avait vidé d'un seul coup.

In: J. Sternberg, Contes glacés, éd .Marabout '74

Devoirs:

1. Décrivez une affiche actuelle (genre publicité pour des cigarettes) .  schuelerarbeiten.htm

2. Résumez l'histoire en relevant ce qu'il y a de bizarre dans ce texte.

3. Inventez un dialogue entre la police et le chauffeur.

4. Finissez la description de votre affiche par une fin comparable à celle de cette histoire.   schuelerarbeiten.htm
 
 
 
 

La photographie

Cette photographie-là, soigneusement collée sur du contre-plaqué, envahissait tout un mur et elle représentait un lac, d'ailleurs assez banal, pas tellement pittoresque en fin de compte.

Sur le lac, on voyait une barque, perdue au loin, minuscule. L'homme mit longtemps à se rendre à l'évidence: la barque, de semaine en semaine, grandissait.

C'est ainsi. Inexorablement, se déplaçant dans un espace-temps impossible à définir, la barque grandissait parce qu'elle avançait sur le lac, venant de quelque rivage lointain, se dirigeant vers le bord extérieur de la photo.

Un jour, l'homme put distinguer qu'il y avait deux personnages dans la barque. L'un ramait, l'autre attendait. Et, un mois plus tard, il put discerner d'autres détails. Celui qui ramait avait les bras nus, ce qui ne surprenait guère. Mais celui qui attendait, celui-là semblait regarder avec insistance vers la chambre et, sur ses genoux, il y avait un fusil dont le canon également regardait la chambre.

In: J. Sternberg, Contes glacés, éd. Marabout '74 p.12
 
 
 
 

Questions:

1. Qu'est-ce que vous trouvez bizarre dans ce texte?

2. Quels sont les détails de la photo?

3. Quel est l'effet exercé sur le lecteur?

4. Comparez les verbes:

a. Qu'est-ce qu'ils expriment en grande partie?

b. Quels temps sont employés et pourquoi?


 
 

Le communiqué

Il était sur le point de s'endormir quand, soudain, il vit briller dans la nuit la petite lucarne de sa radio qu'il avait oublié de fermer.

Il se redressa et, machinalement, il fit passer d'un poste à l'autre l'aiguille de métal qui boucla le tour du cadran sans se heurter au moindre son, pas même un parasite.

Il allait fermer le poste quand soudain l'aiguille se buta à une voix. L'homme s'étonna: il n'avait jamais obtenu le moindre programme sur cette longueur d'ondes.

- Cher auditeur ..... dit la voix.

De cela, l'homme était certain: la voix n'avait pas fait mention des chers auditeurs. Cher auditeur, avait-elle dit. Et cette voix ne semblait pas appartenir au monde des spectacles et diffusions. Elle n'en avait pas la sonorité classique, il lui manquait une certaine onctuosité, un certain pouvoir rassurant. Elle sonnait sèche, personnelle. Le ton était distant, neutre, légèrement froid.

- Cher auditeur, dit la voix sans aucun effort oratoire, il est maintenant zéro heure, zéro minute, zéro seconde. Votre programme est terminé. Nous vous donnons rendez-vous demain matin dans un autre monde.

L'homme, en effet, ne passa pas la nuit..

J. Sternberg, Contes glacés, éd. Marabout '74
 
 

Questions:

1. De qui parle l'auteur? Où est-ce que l'action se déroule?

2. Quelles sont les parties de ce récit?

3. Montrez ce qui distingue cette émission décrite dans le texte d'une émission de tous

les jours

4. Expliquez la phrase <il est maintenant zéro heure...>.

5. Montrez la technique de l'auteur pour éclairer de plus en plus le lecteur et la

personne concernée.
 
 
 
 

LE ROBOT
 
 
 
 

Quand il sortit des ateliers où l'on avait passé dix ans à le mettre au point, on le jugea tellement parfait qu'au premier moment on se demanda si, vraiment, il ne fallait pas lui accorder une carte d'identité. Mais, après tout, ce n'était qu'un robot.

Physiquement, il n'avait rien de très extraordinaire. Un homme comme beaucoup d'autres.

Peut-être pour cacher les incroyables capacités de son système cérébral? Car ses capacités étaient indéniables et tellement vastes qu'elles posaient un problème nouveau: à quoi allait-on employer ce robot? Il aurait pu assumer la direction de tout le personnel et l'administration. Mais comme le directeur général de la société se croyait irremplaçable et que chaque responsable d'un service avait la même impression, on décida de considérer le robot comme un employé normal.

On décida même de lui faire monter les échelons de la hiérarchie. On le mit donc au sous-sol, au rayon de l'expédition. En une heure, le robot liquida dix jours de retard, tout le travail de la journée et celui qui était préparé pour le lendemain. On l'envoya au rez-de-chaussée et il devint secrétaire. Après une demi-heure de travail, il avait terminé le travail de toutes les dactylos, après cela, il se mit à répondre, sans aucune faute, à des lettres qui n'étaient pas encore arrivées.

Le comité d'administration de la société comprit que jamais on ne pourrait employer le robot dans un endroit avec d'autres employés. Il était urgent de l'isoler pour éviter à travers tous les services une irrémédiable épidémie d'infériorité. On fit donc du robot un délégué. Son travail était complexe, mais bien défini: voyager de ville en ville, faire la liaison entre les diverses filiales de l'affaire, envoyer régulièrement des rapports et des suggestions. Pendant un an, le délégué accomplit son travail: coordonnant, organisant, voyageant, sans une seule heure de repos. Quant aux milliers de suggestions qu'il fit à la direction, elles permirent à la société de tripler son chiffre d'affaires en un mois et de devenir un trust, bref une affaire colossale qui rapportait des milliards.

Puis un jour, on perdit le contact. On avait envoyé le délégué en Italie, il était bien arrivé, il avait adressé un premier rapport. Puis, plus rien. On était sans nouvelles. Personne ne connaissait son adresse à Rome. Des mois passèrent. On dut envisager une baisse brusque et forte du chiffre d'affaires, même la faillite pour un jour très proche.

Quant au délégué, on le fit rechercher par toutes les polices du monde. On ne retrouva jamais sa trace. On imaginait qu'il s'était désintégré ou qu'il avait disparu. Ce qui était faux.

Le robot vivait toujours, à Rome d'ailleurs. Mais il ne pensait plus aux affaires. Il avait complètement oublié ses fonctions, son rôle, ses responsabilités. Il avait tout oublié.

Il passait toutes les journées dans la petite salle d'un musée de la capitale. Il venait là dès le matin, il n'en sortit qu'à la fermeture. Il n'avait plus d'autre but dans l'existence que celui-là. Il était tombé éperdument amoureux d'une chose qui était là, dans une vitrine: une ravissante petite pendule du XVIIIème siècle.

in : Jacques Sternberg : Univers Zéro
 
 

Devoir:

Créez une histoire absurde en utilisant la technique de Jacques Sternberg.  schuelerarbeiten2.html
 
 
 

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