| Schülerarbeit:
Rieux et le christianisme
Anne Lätermann
30.12.98
Dans une situationextrême
comme l'épidémie de la peste à Oran, il y a plusieurs
possibilités à expliquer le fléau. Pour ces explications
l'attitude de l'homme face à la religion joue un rôle
important.
Il y a deux
attitudes contraires:
1. L'homme croit
à un Dieu tout-puissant qui est responsable du bien aussi que du
mal. L'homme est innocent et, comme il ne peut pas changer son destin,
il ne doit pas se révolter contre le fléau qui est la volonté
divine.
2. L'homme ne
croit pas en Dieu. Il se définit comme un être libre qui doit
se porter garant de ses actions et leurs conséquences en luttant
contre les maux lui-même. Sous ces points de vue je vais analyser
l'attitude du docteur Rieux face à Dieu, au christianisme et
au père Paneloux.
Quelle est
l'attitude de Rieux face à Dieu et au christianisme?
Rieux ne croit
pas en Dieu, il est athée et regarde le christianisme d'un œil critique
(Tarrou: "Croyez-vous
en Dieu, docteur?" Rieux: "Non, mais qu'est-ce que cela veut dire?", p.119).
Rieux ne travaille
pas pour le salut céleste de l'homme, mais pour sa santé
terrestre (Paneloux:"Vous aussi vous travaillez pour le salut de l'homme."
Rieux: "Le salut de l'homme est un trop grand mot pour moi. Je ne vais
pas si loin. C'est sa santé qui m'intéresse, sa santé
d'abord.", p.199).
D'après
Rieux, la réalité humaine et, par conséquent, la lutte
active pour l'améliorer, sont plus importantes que des fausses espérances
d'une vie dans l'au-delà. Il met le bien-être
et la santé sur terre au premier rang, il veut soigner la misère
"avant de vouloir en démontrer l'excellence" (p.119).
Selon lui, la seule possibilité de combattre le fléau efficacement
est une révolte active contre le mal.
Le christianisme
ne permet pas de révolte. Pour les chrétiens, Dieu est omnipotent
et capable de déterminer le destin de tous les hommes, aussi des
pestiférés. Donc il est inutile de lutter contre la maladie
parce qu'elle est inévitablement prédestinée par Dieu.
Si Rieux croyait en Dieu, il ne soignerait pas l'homme malade car son destin
serait déjà décidé, soit avec ou sans le secours
d'un médecin. La foi en Dieu l'empêcherait de s'occuper des
corps et des vies terrestres au profit du salut dans l'au-delà.
Rieux pense que
son métier de médecin l'oblige à se concentrer sur
les vies terrestres des malades. Il veut guérir les
hommes parce qu'il ne s'est pas habitué à la souffrance et
à la mort. Pour atteindre ce but il lui faut lutter activement contre
les maux, une lutte qui signifie pour Rieux un combat en faveur de l'homme.
Cette révolte a pour conséquence un détachement radical
de la religion chrétienne qui réclame la soumission totale
et fataliste.
Rieux ne peut
pas croire à un Dieu omnipotent qui permet ou même cause consciemment
de la souffrance. Il préfère prendre la responsabilité
lui-même en se concentrant sur son travail comme médecin sans
laisser à une volonté divine abstraite le soin de décider
qui mourra et qui survivra au fléau.
Rieux définit
l'homme comme un être libre qui doit assumer la responsabilité
des maux et qui doit lutter contre la souffrance et contre la mort; dans
cette définition Dieu n'a pas de place. Rieux ne peut pas concevoir
l'idée de la soumission sous une volonté divine, donc
il n'est pas du tout lié avec le christianisme.
Quelle est
l'attitude de Rieux face au père Paneloux, le représentant
terrestre de Dieu et face à l'idée qu'il se fait de Dieu?
En regardant
les deux prêches du prêtre Paneloux on peut remarquer de grandes
différences entre les points de vues de Rieux et Paneloux, ce qui
souligne leurs idées contraires concernant la religion, son interprétation
et l'image de Dieu.
Dans son premier
prêche (p.91-95) Paneloux constate que la peste ne concerne que les
ennemis de Dieu. Son intention est de les forcer aux genoux. Donc la maladie
n'atteint que des pécheurs qui se sont reposés
sur la miséricorde divine sans vraiment croire en Dieu (Paneloux:
"Trop longtemps, ce monde a composé avec le mal, trop longtemps,
il s'est reposé sur la miséricorde divine...le plus facile
était de se laisser aller, la miséricorde
divine ferait le reste.", p.92).
Rieux ne partage
pas cet avis. Il a vu mourir trop d'innocents (même avant la mort
de l'enfant du juge Othon) qu'il ne peut pas croire à une "séparation
entre les justes et les injustes" (Paneloux:"Le fléau implacable
battra le blé humain jusqu'à ce que la paille soit séparée
du grain.", p.92). Etant médecin, Rieux sait qu'une maladie comme
la peste n'épargne personne à cause de son innocence religieuse,
mais qu'elle peut atteindre chacun indépendamment de sa foi. C'est
la seule raison pour laquelle il décide d'essayer sur l'enfant Othonun
nouveau sérum contre la peste pour sauver cet enfant innocent;
d'après Paneloux ça serait inutile.
Selon Paneloux,
la peste a aussi sa bienfaisance: elle montre la voie vers le principe
de toute vie (Paneloux: "Elle [la peste] nous guide vers le silence essentiel
et vers le principe de toute vie.", p.94/ 95). Pour lui, ce bon chemin
est l'amour total de Dieu: les croyants doivent respecter les règles
de Dieu, ils doivent l'aimer de tout leur cœur et aller à l'église
plus souvent.
Rieux est aussi
de l'opinion que la peste a sa bienfaisance parce qu'elle force les gens
à réfléchir. Mais il pense que c'est la même
chose qu'avec toutes les maladies
(Tarrou: "Vous
pensez pourtant, comme Paneloux, que la peste a sa bienfaisance, qu'elle
ouvre les yeux, qu'elle force à penser!" Rieux: "Comme toutes les
maladies de ce monde.", p.119) et qu'elle rend les concernés capables
de lutter contre tous les fléaux de ce monde, au-delà des
visites plus régulières des services.
Dans le premier
prêche du père Paneloux l'image négative de Dieu domine.
Selon Paneloux, Dieu prend vengeance et châtie en privant les méchants
de la lumière divine. Etant déçu de l'homme et fatigué
de l'attendre Dieu envoie la peste pour le punir (Paneloux: "Dieu qui,
pendant si longtemps, a penché sur les hommes de cette ville son
visage de pitié, lassé d'attendre, déçu dans
son éternel espoir, vient de détourner son regard. Privés
de la lumière de Dieu, nous voici pour longtemps dans les ténèbres
de la peste!", p.92). Paneloux défend ce comportement avec l'explication
que Dieu fait justice en distinguant entre les bons et les méchants,
mais il ne néglige pas la brutalité de la punition des méchants.
Rieux ne croît
pas à l'image d'un Dieu juste car il sait de l'injustice des maladies.
Ce qui reste de Dieu pour Rieux, c'est la brutalité. Pourquoi devrait-il
croire à un Dieu brutal qui se venge de l'humanité infidèle?
Pourquoi ne devrait-il pas avoir confiance en sa propre force comme médecin?
Rieux préfère cette dernière voie parce qu'elle lui
permet d'être actif sans s'en remettre à un Dieu dont l'existencene
peut pas être prouvée. En plus, le fait que le prêtre
Paneloux n'offre pas d'aide dans son prêche le gêne. Rieux
préfère donner de l'aide pratique aux malades et leurs proches
qui en ont besoin sans les abandonner avec l'explication qu'ils sont déjà
abandonnés par Dieu.
Dans son deuxième
prêche (p.202-208) Paneloux a changé d'avis. Comme un enfant
innocent mourait de la peste, il ne peut plus la considérer comme
une punition pour les infidèles, mais il reste sur l'opinion que
la maladie sert à élever les gens. Il dit qu'on doit consentir
à ce mal sans mettre en question Dieu et sans chercher des explications.
On doit chercher son bénéfice dans le mal. Il réclame
un fatalisme actif: tout chrétien doit s'en remettre aveuglement
à une souffrance voulue par Dieu. Dans son second prêche le
prêtre admet qu'il n'y a pas d'explications pour la peste, ce qui
souligne que son interprétation du premier prêche était
irréaliste. La mort de l'enfant Othon montre que Rieux avait raison:
la maladie a maintenant atteint un enfant innocent qui n'avait jamais péché.
La progression de la maladie le renforce dans son opinion que Dieu n'existe
pas. A son avis Paneloux parle au nom d'une vérité trop abstraite
qu'il a déclaré lui-même.
Rieux ne peut
pas accepter l'argumentation du prêtre profondément marquée
par sa conviction religieuse parce qu'il proclame en tant qu'humaniste
une vie libre et des conditions qui sont nécessaires pour garantir
cette liberté. Considérant l'homme comme un être libre
il refuse l'idée du christianisme et celle de Paneloux d'une volonté
divine qui prédestine la vie humaine. Pour lui, le christianisme
empêche les gens de développer leurs forces. Comme médecin
engagé pour la santé de ses clients, il ne lui faut pas s'occuper
de leur salut dans l'au-delà, mais de leur santé terrestre.
Cela est seulement possible en refusant la conception fatale de l'homme
de l'église chrétienne.
En définitif,
Albert Camus lui donne raison puisqu'il présente le prêtre
comme un personnage contradictoire, déchiré surtout après
son deuxième prêche. Paneloux espère lui aussi que
l'enfant survivra, mais il sait aussi que Dieu décide de la vie
et de la mort n'importe s'il nous révèle ses motifs ou non.Comme
il ne peut pas et ne veut pas mettre en question l'existence d'un bon Dieu
juste, il ne se permet pas d'aller jusqu'au bout dans ses réflexions:
Pourtant ce sont ces doutes qui le rendent de plus en plus faible et le
privent de toute volonté de vivre. Dans son agonie il interdit au
docteur Rieux de soulager sa peine parce que l'image qu'il s'est faite
de Dieu ne permet pas un deuxième être intervenant en faveur
du bien de l'homme. (Voir son premier prêche dans lequel il reproche
à Rieux de vouloir intervenir et détourner la volonté
de Dieu par ses tentatives de guérir les pestiférés.)
Donc il s'en remet à Dieu et meurt. C'est possible qu'il n'est pas
mort de la peste et que Rieux l'aurait pu guérir. Mais le cas échéant
Paneloux n'aurait plus pu se considérer comme un croyant fidèle.
Donc il est logique qu'il meurt. Sa foi est inférieure à
la conception de la vie de Rieux qui ne meurt ni tombe malade.
Avec le personnage
du docteur Rieux Albert Camus veut transmettre au lecteur l'image qu'il
se fait soi-même de Dieu et du christianisme.
Zurück
zur Schülerarbeiten Übersichtsseite
|