| La Peste(1944)
Dans la rue
un pas retentit.La cloche n’a qu’un seul battant. Où va-t-il le
promeneur qui se rapproche lentement et s’arrête par instant. Le
voici devant la maison. J’entends son souffle derrière la porte.
Je vois le
ciel à travers la vitre. Je vois le ciel où les astres roulent
sur l’arête des toits. C’est la grande Ourse ou Bételgeuse
c’est Venus
au ventre blanc, c’est Diane qui dégrafe sa tunique près
d’une fontaine de lumière.
Jamais lunes
ni soleils ne roulèrent si loin de la terre, jamais l‘air de nuit
ne fut si opaque et si lourd. Je pèse sur la porte qui résiste...
Elle s’ouvre
enfin, son battant claque contre le mur. Et tandis que le pas s’éloigne
je déchiffre sur une affiche jaune les lettres noires du mot „Peste“. |