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20. Jahrhundert | International | Frankreich

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La Carte Individuelle d'Alimentation et les Tickets de Consommation

TablePages
I. Raisons qui rendent indispensable l'organisation de la consommation, en ce qui concerne certaines denrées de premieère nécessité ............................................7
II. Carte individuelle d'alimentation et Tickets de consommation ............................11
III. Rôle des Mairies, des Préfectures et du Service Central des Cartes d'Alimentation .............................................................................................. 23
IV. Devoirs des Consommateurs et des Fournisseurs ................................................................................................ 27

(p.7)
I. RAISONS QUI RENDENT INDISPENSABLE L'ORGANISATION DE LA CONSOMMATION
en ce qui concerne
CERTAINES DENRÉES DE PREMIÈRE NÉCESSITÉ
Avec la prolongation des hostilités, tous les belligérants, tous les neutres eux-mêmes, ont été obligés d'apporter des restrictions à la liberté de consommation de certaines denrées de première nécessité.
(p.8) La même obligation s'impose à nous.
Après plus de trois ans de guerre, les ressources ne peuvent plus être aussi abondantes qu'en temps de paix; elles resteront même certainement inférieures aux demandes dans les années qui suivront la cessation de la guerre.
Qu'arriverait-il, dans ces conditions, si on laissait à chacun la liberté entière d'acheter et de consommer sans autre règle que sa fantaisie?
Avant la récolte prochaine, toutes les ressources seraient épuisées, la "soudure" serait impossible et il y aurait, pendant quelques mois, pour la majorité du public, une période de véritable disette.
D'autre part, certains consommateurs égoïstes, qui ne veulent pas comprendere leur devoir, s'efforceraient d'acheter à n'importe quel prix toutes les denrées susceptibles de se conserver. Les cours de ces marchandises hausseraient dans des proportions inconnues jusqu'alors, et tout le fardeau en retomberait sur ceux qui ne peuvent les acquérir qu'au jour le jour.
(p.9) Une pareille situation ne tarderait pas à entraîner des troubles les plus graves, à la grande satisfaction de l'ennemi.
Afin d'éviter de tels dangers, il faut que chaque habitant se restreigne dans la mesure nécessaire et que l'Etat établisse l'égalité devant les restrictions.
Le peuple français est disposé, à l'arrière comme à l'avant, à accepter courageusement les sacrifices indispensables, mais il veut que tout le monde les supporte également.
L'institution de la Carte Individuelle d'Alimentation et des Tickets de consommation répond à cette idée de justice et d'égalité: les travailleurs doivent accueillir favorablement cette mesure parce qu'elle est pour eux la meilleure sauvegarde; les familles riches ou aisées doivent s'y soumettre scrupuleusement parce que personne n'a le droit d'augmenter sa propre raiton au préjudice de son voisin. (p.10)

(p.11)
CARTE INDIVIDUELLE D'ALIMENTATION
et
TICKETS DE CONSOMMATION
Le principe de l'etablissement des restrictions étant admis, il fallait trouver un moyen commode de le mettre en pratique.
Le système auquel on s'est arrêté, après le plus sérieux examen, sera d'autant mieux accueilli par le public qu'il le comprendra plus facilement.
Il comporte deux pièces bien distinctes qu'il faut se garder de confondre:
(p.12)
1o Les Tickets de Consommation;
2o La Carte Individuelle d'Alimentation.
Nous allons en donner la description et en expliquer le fonctionnement.
Mais d'abord nous signalons à tous ceux qui sonst en situation de guider l'opinion et d'exercer sur elle une influence salutaire - Maires, Conseillers municipaux, Instituteurs, etc. - que c'est pour eux un devoir que de donner à leur entourage tous les renseignements voulus.
Le public comprendra plus aisément l'usage de la carte et des tickets et appréciera avec plus de facilité l'intérêt qu'ils présenten si, durant la période d'introduction, tous le gens éclairés se font les instructeurs de leurs voisins, deviennent, en vue du bien publix, les collaboraeurs du Gouvernement.
Cette brochure leur est destinée: ils y trouveront des directives à leur patriotique propagande.
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(p.13) Les Tickets de Consommation.

Tous les Parisiens connaissent déjà parfaitement l'usage des tickets de pain dont ils se sont servis en Février et en Mars; beaucoup de citadins, à Caen, Carcassonne, Perignan, Nice et ailleurs, le connaissent également.
La consommation en pain de chaque habitant étant fixée à 300 grammes par jour, les chefs de famille ou de ménage se sont rendus, aux dates indiquées, dans les Mairies et dans les Sections de distribution où ils ont reçu, sur présentation du carnet de sucre, pour chaque personne de leur-famille, trois feuilles comportant chacune autant de tickets de 100 grammes qu'il y a de jours dans le mois.
Bien entendu, il peut se faire que la ration quatidienne ne reste pas immuablement fixée à 300 grammes par personne; il peut se faire que, pour certaines catégories, elle soit abaissée et que, pour d'autres, elle soit élevée.
(p.14)
Les tickets sont datés et il n'en peut être fait usage qu'au jour indiqué, dans le but, facilement comréhensible, d'empêcher les imprévoyants d'épuiser leur feuille de tickets avant la fin du mois.
Les boulangers ont dû exiger des ménagères le nombre de tickets correspondant au poids de pain acheté et ils ont pu, ainsi, justifier des quantités de farine nécessaires à leur clientèle.
Ce système fort simple n'a pas soulevé de difficultés dans la pratique: il a été immédiatement bien compris et bien accepté.
Malgré ses avantages, il doit être complété et c'est ici qu'apparaît la raison d'être de la Carte Individuelle d'Alimentation.
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La Carte Individuelle d'Alimentation.
Il était naturel que, pour familiariser le public avec ses obligations nouvelles, on décidât de donner à tout le monde la même ration de 300 grammes.
(p.15)
Mais il est évident qu'il est préférable de tenir compte des différences qui existent entre les situations et les besoins: un enfant qui vient de naître ne peut pas être traité de la même façon qu'un chauffeur de locomotive ou un ouvrier mineur. Cette différence exige que les services de répartition connaissent l'individualité de tous les consommateurs, qu'ils sachent, par conséquent, leur nom, leur àge, leur sexe, leur profession: le seul moyen d'y parvenir était d'établir la Carte Individuelle d'Alimentation.
La répartition rationnelle du pain nécessitant la création de cette carte, il n'en coûtait rien de la concevoir d'une façon telle qu'elle puisse servir éventuellement pour d'autres denrées: on devait réaliser ainsi une économie d'argent pour l'État, de temps pour les consommateurs ausquels il convient d'imposer le moins de dérangements possible.
On s'est donc arrêté à un modèle de carte dont nous donnons le fac-similé et qui peut servir éventuellement pour six denrées pendant six mois.
(p.16)

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(p.17) La Carte Individuelle d'Alimentation est une carte à souche: le talon, où est inscrite l'identité du consommateur, est destiné à être conservé à la Mairie et à permettre la constitution de ce qu'on pourrait appeler les Archives de la consommation communale; c'est une source de renseignements particulièrement précieuse, car elle permet d'éviter l'insuffisacne des distributions ou le gaspillage des denrées.
Quant à la carte proprement dite, celle qui sera remise au titulaire ou au chef de famille, elle est ellemême divisée en deux parties.
La première reproduit les mêmes mentions que le talon. Comme elle porte le cachet de la mairie, elle constitue une piéce d'identité commode: il n'est, du reste, pas superflu de rappeler qu'on ne doit, en aucun cas, s'en dessaisir, pas plus qu'on ne se dessaisit de son livret militaire ou de son livret de mariage.
La deuxième partie comporte 36 cases qui constituent 36 coupons mensuels d'alimentation. Sur chacun de ces coupons se trouvent trois mentions: Un numéro, un mois, une lettre. Que signifient-ils?
(p.18)
Le numéro d'abord:

On constate, au premier examen, que le même numéro - le numéro 1 - est reproduit sur les six coupons de la tranche horizontale qui se trouve en haut de la carte.
Le numéro 2 est reproduit sur les six coupons qui se trouvent au-dessous et ainsi de suite jusqu'au numéro 6.
Chacun de ces numéros est destiné à s'appliquer à une denrée déterminée.
Dès à présent, le numéro 1 s'applique au pain. Les six coupons de la tranche horizontale supérieure sont donc les coupons mensuels de pain d'avril à septembre.
Il pourra être décidé que le numéro 2 représentera le sucre et les numéros suivants d'autres denrées, jusqu'à concurrence de six denrées.
On voit donc que, pour le moment, toutes les (p.19) cases ne sont pas utilisées. Mais elles peuvent l'être avant l'expiration des six mois pendant lesquels la carte est valable: il suffira, pour cela, qu'une denrée soit contingentée, c'est-à-dire soumise à une répartition équitable entre les consommateurs, et que le public soit avisé du numéro des coupons qui correspond à ces denrées; c'est une raison de plus pour conserver sa carte entière avec le même soin qu'on apporte à conserver une valeur financière dont on ne détache les coupons qu'à l'échéance.
Quant à la lettre majuscule qui se trouve sur le talon et sur tous les coupons de la carte, elle désigne la catégorie de consommateurs à laquelle appartient le titulaire de cette carte.

E veut dire : Enfant âgé moins de 3 ans;
J veut dire : Enfant âgé de 3 ans à moiins de 13 ans;
A veut dire : Enfant de 13 ans et au-dessus et Adultes (hommes au femmes) de 60 ans et au-dessous, ne se livrant pas à des travaux de force ou n'accomplissant aucun travail;
(p.20)
T veut dire : Adulte se livrant à des travaux de force;
V veut dire : Hommes et Femmes âgés de plus de 60 ans.

Cette explication étant faite, il devient facile de comprendre tout le mécanisme de la Carte Individuelle d'Alimentation.
Un coupon portant les mentions:

représente la ration dans la consommation du pain, pendant le mois d'avril, d'un enfant de moins de trois an.
Un coupon portant les mentions:

représente la ration dans la consommation du pain, pendant le mois de mai, d'un adulte se livrant à detravaux de force.
(p.21)
S'il est décidé que la ration journalière de l'enfant de moins de trois ans est, par exemple, de 100 grammes par jour, celle du travailleur de force de 400 grammes, le premier de ces coupons représente, pour le mois: 300 x 100 = 3 kilogs de pain; le second: 31 x 400 = 12 kilogs 400 de pain.
Mais comment va-t-on toucher ces quantités?
Ici une distinction s'impose, suivant qu'il s'agit d'une denrée comme le pain, qu'on ne peut pas se dispenser d'acquérir chaque jour, ou d'une denrée comme le sucre, qu'on peut acheter en une seule fois pour la consommation du mois.
Pour le pain, les coupons mensuels dont nous venons de parler seront échangés, dans les Mairies et les Sections, contre les feuilles de tickets de consommation journalière; l'operation sera, d'ailleurs, d'une grande simplicité, puisque le préposé à la distribution saura, au seul vu du coupon qu'on lui remettra, le nombre de feuilles de tickets qu'il devra donner.
Pour le sucre, denrée que l'on n'achète pas au jour le jour, le titulaire remettra directement à son (p.22) fournisseur, pour l'achat de la quantité allouée, le coupon applicable au sucre.
Avant de terminer cette partie des explications, il y a lieu de mentionner que la Carte Individuelle d'Alimentation pourra, éventuellement, servir à d'autres fins que celles qui viennent d'être énoncées: à côté des denrées dont la rareté oblige à restreindre la consommation, il peut s'en trouver d'autres, plus abondantes, dont il soit équitable de réserver certaines quantités pour être vendues, à des prix avantageux, aux familles les moins fortunées.
Ainsi, la Carte Individuelle d'Alimentation, tout en donnant aux consommateurs un moyen pratique de participer à la répartition des denrées contingentées, répondra, d'une part, au besoin inné de justice qui a toujours animé la population française, et permettra, d'autre part, de mettre un frein aux menées d'accaparement et de spéculation.

(p.23)
III. RÔLE DES MAIRIES, DES PRÉFECTURES ET DU SERVICE CENTRAL DES CARTES D'ALIMENTATION
Le point de départ des opérations nécessitées par la mise en service de la Carte Individuelle d'Alimentation est la feuille de déclaration, que les chefs de famille ou de ménage ont été invités à remplir et à remettre aux Mairies: cette feuille contient toutes les indications utiles sur chaque consommateur.
(p.24)
Une fois ces déclaration rentrées aux Mairies, les municipalités ont compté le nombre de cartes de chaque catégorie (E-J-A-T-V) qui leur est utile pour satisfaire aux besoins de la population: elles l'ont fait connaître aix Préfectures et celles-ci ont reçu du Service Central des Cartes d'Alimentation, qui en tient une comptabilité minutieuse - car il s'agit de pièces importantes dont aucune ne doit s'égarer - les cartes nécessaires.
Les Préfectures vont adresser aux Mairies le nombre de cartes dont celles-ci ont fait la demande. Les Maires les feront remplir en se servant des indications portées sur les feuilles de déclaration, puis, après y avoir apposé le timbre de la mairie, ils les feront remettre aux intéressés, en prenant toutes les dispositions convenables pour qu'il n'y ait ni gêne, ni encombrement.
Les talons seront classés par catégories et soigneusement conservés à la Mairie. Quant aux coupons mensuels échangés contre les feuilles de tickets de consommation, ils seront, par les soins des Secrétaires (p.25) de mairie, collés sur des feuilles numérotées remises à cet effet et serviront de contrôle pour la détermination des besoins de la commune.
Bien entendu, des mesures de détail seront prises pour régler tous les cas particuliers, naissances, décès, droits des permissionnaires, des étrangers, des établissements où l'on vit en commun, etc.
Sur tous ces points, des instructions ont été données: les Préfectures et les Mairies sont donc en mesure de répondre.
Cependant, il peut se faire que la pratique fasse apparaître des situations qui n'ont pas été prévues. En pareil cas, il y aura lieu d'en référer au Service Central des Cartes d'Alimentation, a Paris, qui provoquera d'urgence les mesures appropriées.
De cette façon, l'unité sera maintenue et il ne pourra se produire, d'une commune à l'autre, des divergences d'interprétation. (p.26)

(p.27) IV. DEVOIRS DES CONSOMMATEURS ET DES FOURNISSEURS
Dans une organisation de ce genre, les commerçants deviennent les auxiliaires indispensables des services publics: il faut que l'Etat puisse compter sur leur bonne foi et sur leur devouement.
Le premier de leurs devoirs est de ne jamais se faire les complices d'une fraude: remettre une marchandise contingentée sans ticket ou sans coupon est une faute professionnelle; c'est aussi un délit prévu et puni par les lois et décrets sur le Ravitaillement national.
(p.28)
Un contrôle sévère sera exercé; les sanctions seront, le cas échéant, strictement appliquées.
Mais le Gouvernement, qui connaît le patriotisme des commerçants français vraiment dignes de ce nom, compte bien qu'il n'aura pas besoin de recourir conte eux à des moyens répressifs qui doivent être réservés à ceux dont l'unique préoccupation est de réaliser, à la faveur de manœuvres frauduleuses, des profits illégitimes.
En dehors de cette obligation, les fournisseurs [?]ont tenus d'accomplir, dans des cas déterminés, certaines formalités.
Ils seront, n particu[?]er, coomptables des tickets ou des coupons qu'ils auront reçus; ils devront également, lorsqu'ils en seront priés - notamment pour le sucre - les coller sur les feuilles spéciales dont nous venons de parler et les remettre à la Mairie ou aux organismes spéciaux du Ravitaillement: c'est ainsi qu'ils justifieront des approvisionnements qui leur sont utiles.
Quant au public, un double devoir s'impose à lui (p.29) il ne doit, en aucun cas, chercher à frauder; il doit se soumettre de bonne grâce aux légères formalités nouvelles qui lui sont imposées dans l'intérêt général.
Avant la guerre, on se plaignait volontiers des contraintes administratives, et on ne considérait pas comme une faute bien sérieuse le fait de surprendre la vigilance des représentants de l'autorité.
Les circonstances ont changé et il faut que l'esprit public se conforme à ce changement: ce qui pouvait ne pas paraître très grave avant la guerre l'est devenu depuis, et chacun de nous doit savoir qu'en essayant de se soustraire aux dispositions qui touchent au ravitaillement, il lèse les droits essentiels d'autrui et compromet, pour sa part, l'organisation et la force de résistance de son pays.


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Ministère de l'Agriculture et du Ravitaillement. Service Central des Cartes d'Alimentation. Mars 1918
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